Mon goûter


C'est un goûter Océan.

C'est le ventre beurre de sel qui gargouille d'avoir défié les vagues, la peau nougatine et pépites de soleil, Esteban, Tao, Sia devant l'éternel. Sur la langue, du Banga orange où s'attardent les paillettes de Zora la Rousse et l'empreinte arc-en-ciel des boules magiques trop grosses pour nos petites bouches. Des pièces en chocolat à bord du grand Condor, les croquantes pralines de brioche comme autant de salsepareilles au pays des merveilles, des montagnes de Pépitos, Chocos et Mikados en architecture inca, des batailles d' Actarus aux éclats de Galak.

Ça goûte, ça croque, ça miam le Vetrex, le Cluedo, le Puissance 4, le Tarot et les Legos.
Ça goinfre les Tintin, les Picsou, les Léonard, les Disciple, les Rapetou, les Placid et les Muzo.
Une orgie de bonbecs, des fontaines de rubicubes et de tatoos, du lait concentré parfumé aux papillons berlingots. On y lit toutes ces fraises Tagada, ces frites pétillantes, ces bananes canari, ces rubans de réglisse infinis, ces nuages Chamallows, tous ces coquillages en sucre aux couleurs de l'Ankou qu'on lape comme des petites bêtes frétillantes, ces Mister Freeze algue indigo et puis toutes ces glaces sur les pavés de Concarneau. Grouillants Pac Man, on gobe les Dragibus, on deale les Malabars: deux banane-fraise contre un Coco. Tous les Fritzy Patsy du monde crépitent ici, sur ces dunes face aux Glénans, notre Nouveau Continent.

Ce sont aussi ces goûters-banquets, là, sur cette nappe en crochet chez Mémé. Sur un air de Traviatta, y dansent confitures de groseilles et pâtes de coings maison, Modane et caramel, beurre salé et far aux pruneaux fondants,gâteau breton et crêpes au froment,galettes fines et épaisses, tartines Nutella et Kouign Amann, café, chocolat, limonade et Pschitt Citron. Espiègles Korrigans, on chasse le trésor de Rakam le Rouge dans le grenier, naviguant entre robes de mariées, tabliers brodés, masques de plongée, coiffes amidonnées, une valise pleine de livres olé olé et mille merveilles bigarrées. Fous rires et pupilles grandes écarquillées.

C'est aussi l'heure des expériences interdites et des rites de passage en terre d'adultie: les nonnettes à l'orange méticuleusement incisées puis fourrées de grillons séchés, les tranches de pain d'épices badigeonnés de ketchup, le Pulco Citron au goulot, nos mousses chocolat au Benco, les chapardes de Schtroumpfs décalcomanies sur un air de Youki, les petits feux de paille à la lumière d'une loupe, les vers luisants entassés dans des bocaux et ce gigantesque dirigeable Pif Gadget qu'on voit encore voler aux embruns de liberté.

Ça croustille aussi la crème Mic-Mac, les poupées massacrées, les bd ravagées, les attaques de méduses bleutées, les bouchées de sable entre les rochers, les empoignades de scalp, les « Excuse-toi!! » qui n'arrivaient jamais,les représailles à coup de bio électron dans les villes Légos et les châteaux, les cris et les hurlements, les courses poursuites hilares aux saveurs de Cacolac, les araignées dans la bouche, les chewing-gums dans les cheveux, les grimaces au Carambar, les pétards, les boules puantes et le poil à gratter, les alliances guerrières, les trahisons et les crimes de lèse-majesté, les insultes qui fusent comme autant de Crados épinglés,gogolito,gluon,caca boudin,cabou cadin,rapporte-paquet,bébé Cadum,gros porcinet. Petites terreurs en guerre, Capt'aines fracasse en furie, la marque encore fraiche des dents de lait sur les poignets.

Et puis le goûter en armistice.
L'œil menaçant en coin, le pied en alerte sous la table, les larmes sèchent au premier filet de Citror, tout en engloutissant avec voracité les tartines trempées dans le Nesquik.

Nous étions des conquérants, des Albator, Actarus, Ulysse,Capitaine Flam, Sankukai et autres X-Or.

Et puis cet autre goûter acide d'éternité, Silas la vie, Rémi, Vitali, Kappi, Dolce et Jolicoeur en sirop de sel lorsque notre chien Sami est mort un après-midi d'été. Nos larmes de douleur, nos silences de pudeur et ces tartines de lourde mélasse, si difficiles à mâcher. Dans le cacao qui jappe, un dernier reflet. Mais tous ensemble, unis, autour du goûter.

Dans ces Mille et Quatre heures, la vie s'annonçait.

Aujourd'hui le goûter, c'est mon frère, les chocolats au jasmin, thé et coquelicot, les meringues blanches cacao fendues d'un lit noisette, l'onctueuse faisselle ivoire tapissée d'une crème de marrons profonds, un épais chocolat chaud et puis les bananes pelées et les tartines d'humus pour son fils, petit glouton d'épices. Les bagarres d'enfants sont encore accrochées à notre ciel, le défi complice en rétine, le tacle agile, le verbe qui crépite.

Aujourd'hui le goûter, c'est ma petite sœur alanguie sur ce sofa, un petit Fragelrock affamé dans son ventre-Kinder, les crêpes au beurre salé et un chocolat fumant en racine.

Aujourd'hui, le goûter, c'est mon père aux terres de Volcans qui, armé de son Laguiole, découpe méthodiquement et sempiternellement flan, fromage et fines tranches de jambon fumé, un café sucré en accompagnement.

Aujourd'hui,le goûter, c'est ma mère aux vents d'Océan, ses mains engourdies par la myéline dentelée, qui s'applique à découper le gâteau breton en losanges bien dessinés, sinon c'est pêché. Le rire en nectar.

Aujourd'hui, le goûter, c'est moi dans la Belle Province: une beigne gourmande double chocolat,sirop d'érable ambré, beurre d'amande amère sur mie douce et jus d'airelles piquantes. Parfois aussi, c'est une fragile fleur de thé vert aux frémis incertains et un nuage de rouges âpres qui grillent le palais.

Pour toujours, c'est le ventre friand et les pulpes gorgées de vivant, avides de fruits, de pain et de miel après une sieste de chairs mêlées.

Le goûter, nos lits de mousses tendres et affamées.
Le goûter, ciment de nos pudeurs, de nos rêves d'aventuriers,nos espoirs gourmands en filament.
Le goûter, Odyssée des sens,le long et indélébile voyage des Compagnons vers nos terres intimes, mémoires si vives, instants caramélisés par le sucre de nos éternités.

Ils sont des milliers, ces goûters, tatoués à la salive de nos utopies..
Ils sont rouges Tristus et verts Rigolus.
Mais toujours avec des cœurs Milky Way qui courent dans le lait.

Comments

7 Responses to "Mon goûter"

boronali a dit… 6 mars 2009 à 15:32

Très beau texte Mag !

rmh a dit… 6 mars 2009 à 22:45

Jolie "arc-en-miel" de saveurs...
à déconseiller à toutes personnes atteintes de diabète :)

magwann a dit… 7 mars 2009 à 00:30

Merci les piou-piou!

Bridget a dit… 8 mars 2009 à 02:07

Il est magique et allume plein d'étincelles dans le coeur ton goûter... !

magwann a dit… 8 mars 2009 à 04:46

Et ça pétillera toujours comme ça!:-)

Katy- a dit… 8 mars 2009 à 20:58

et le petit "goûter" planqué au fond des cartables, joliment emballé dans du papier alu...

Nina louVe a dit… 15 mars 2009 à 12:24

miam ! délicieux texte. fort bien imagé !!

on en ressort plus.
le goûter se prolonge dans la tête
des heures après.

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